Addiction digitale : comment s’en sortir ?

J’ai toujours été ce genre de fille victime d’addiction au smartphone, toujours son portable dans la main, inscrite et active sur tous les réseaux sociaux possibles et imaginables. Je ne pouvais pas sortir de chez moi sans téléphone, et encore moins attendre dans la rue, attendre le métro, aller en soirée ou partir en vacances sans téléphone. Il fallait que je l’aie à portée de main, pour snapper, instagramer, twitter. Pour montrer aux gens que j’étais en train de boire un coup en terrasse, dans la course aux followers, aux likes et à la popularité digitale. Le matin, mon premier réflexe, c’était Instagram, puis Twitter, puis Facebook, puis Snapchat, puis LinkedIn, puis Pinterest, puis Youtube. Quand j’étais au collège et au lycée, ma famille ne cessait de me répéter que mon téléphone faisait partie de ma main, et ça me faisait rire. Je crois que j’appréciais même cette remarque.

Et maintenant ?

Cependant, plus le temps passe, et plus je trouve ça affolant. J’avais la constante impression d’être jugée sur ce que je faisais, où j’étais, ce que je disais. Après avoir passé des années à raconter ma vie sur Twitter dans les moindres détails, j’ai commencé à ralentir le rythme. Avec le temps, je me suis demandée pourquoi j’avais ce besoin de raconter aux gens quand j’allais bien ou pas, puisque de toute façon ils n’en avaient pas spécialement grand chose à faire ; et que, si j’étais en face d’eux, je ne leur dirai pas tout ça. Après avoir été sevrée de Twitter (même si parfois je flanche encore), je me disais que j’avais mûri et j’aimais bien ce sentiment de ne pas avoir à déballer tout ce que je pensais sans filtre.

J’ai donc un peu délaissé ce réseau social. Et puis, j’ai (re)découvert Instagram, scrollant nuit et jour, à chaque seconde. J’épluche les stories de tous mes abonnements, et je follow de plus en plus de personnes, jusqu’à ce que j’aie toujours quelque chose à regarder quand j’actualise mon fil de photos. Corps parfaits, cheveux parfaits, ongles parfaits, bronzage parfait, maquillage parfait, dents parfaites. Nourriture saine, manger léger, faire du sport. Baddies, fitgirls, makeup artistes. Culte du parfait. Je nourris mon cerveau de ce qu’on appelle des « inspirations ». Mais maintenant, je comprends pourquoi on appelle tous ces gens des « influenceurs ».

Conséquences ? 

Troubles du comportement alimentaire, bigorexie, anorexie, boulimie, hyperphagie. Voilà par quoi je suis passée ces trois dernières années ; principalement parce qu’on nous nourrit de ces filles parfaites, aux corps parfaits, qui te font culpabiliser quand tu manges un donut. Et j’ai toujours été persuadée que regarder ces photos me faisait du bien, que cela allait me motiver, m’aider à me surpasser. J’ai fait partie de communautés, de projets minceurs, régimes drastiques et courses à la minceur… Je ferai un post plus tard plus en détail sur ce sujet dans les semaines à venir. Mais tout ça pour dire que, quand en début d’année, j’ai recommencé à tomber dans cette spirale d’addiction à Instagram, j’ai tiré la sonnette d’alarme. J’y pensais toute la journée, et quand je ne pouvais pas aller scroller mon feed, j’y pensais quand même.

Partir en vacances sans téléphone ?

Quand je suis partie en croisière, je me suis dit que c’était l’occasion rêvée pour laisser tomber mon téléphone. Pas de Wi-Fi, pas d’internet, pas de réseau. Rien. Pas de téléphone. Pas de lien avec le monde extérieur. Je n’ai donc pas acheté la connexion Wi-Fi sur le bateau. J’avais un forfait international compris dans mon forfait. Pendant les escales, j’utilisais Google Maps et je répondais à quelques messages. Une fois ou deux, j’ai craqué et j’ai jeté un oeil sur mes comptes Instagram préférés, et j’ai tourné un peu sur Facebook. Cependant, je n’ai pas ouvert Twitter, je n’ai pas passé plus de 10 minutes sur mon téléphone.

Lorsque je devais attendre, je regardais devant moi, sur les côtés, le ciel, la piscine, le soleil. Les premiers jours, j’avais l’impression de découvrir le monde. J’ai parlé avec des gens en attendant mon verre au bar. J’ai regardé le ciel lorsque j’attendais mes copains qui fumaient en boîte. Et quand j’étais au restaurant, je m’ouvrais au monde au lieu de regarder mon téléphone. J’ai appris à attendre, à avoir des temps libres, des temps de « rien ». Des moments où j’étais allongée sur mon lit, à ne RIEN FAIRE. Juste rien.

C’était la plus belle semaine de ma vie. J’ai vraiment eu l’impression de profiter, pour la première fois depuis des années. J’ai commencé à me libérer de ce que les réseaux veulent nous faire penser. Au début, je culpabilisais en mangeant des frites. Le dernier jour, j’en ai repris trois fois. Je réfléchissais pas. Quand j’avais faim, je mangeais. Quand j’avais pas faim, je ne mangeais pas. Je n’avais pas à me demander si c’était bien ou pas.

Une vie « Instagrammable » ? 

Malgré ça, j’ai quand même été décontenancée par la façon dont mon esprit était conditionné. Il fallait que je sois parfaite sur les photos, il fallait trouver des « bons spots », que mes cheveux soient parfaits, ma peau parfaite, ne pas trop sourire car mes dents ne sont pas parfaitement alignées. Il fallait que je sois « instagrammable ». J’en rigole désormais parce que, je me rends compte du ridicule de la situation. Car même si j’aime toujours faire de jolies photos pour mon compte Instagram, je comprends que ce n’est pas la vraie vie. Même si tout le monde le répète, il est parfois difficile d’y croire vraiment : Instagram enjolive la réalité.

Comme si nous n’avions pas assez de complexes, on a désormais le « complexe instagram » ; si notre vie n’est pas parfaitement instagrammable, on va complexer sur notre feed. Car même si c’est enjolivé, parfois, il m’arrive de me dire que je n’arrive même pas à enjoliver ma vie sur Instagram ; et c’est le drame. Le feed parfait, cela devient une obsession qui devenait bien trop présente dans ma vie.

Maintenant, j’apprends à vivre sans mon téléphone, à sortir sans. J’apprends à ne pas snapper tout ce que je fais. J’arrive de plus en plus à ne pas poster une photo sur Instagram dès que je mange une salade pour prouver que même si je suis grosse, je mange bien.

Parfois, ça m’énerve, quand je suis avec quelqu’un, sans mon téléphone, et que lui est scotché dessus. Je me dis qu’avant, j’étais comme ça. Et j’espère ne jamais le redevenir, car la vie est tellement plus belle quand on accepte de lever la tête et de voir les choses autrement qu’avec des filtres.

Et vous, vous êtes des accros du smartphones ? Comment vous gérez ?

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8 comments / Add your comment below

  1. C’est clair que les réseaux ont carrément une incidence sur nos vies… Comme toi, quand je pars en voyage et que je n’ai pas de réseau, au final c’est le bonheur. Nous les blogueuses, c’est quand même difficile de passer à côté de tout cela si on veut survivre, du coup ma présence sur les réseaux ne sert quasiment qu’à ça mais c’est déjà trop et je me rends compte que ce style de vie me stresse!

    1. Oui, avec le blog c’est difficile de relâcher… Mais justement, je me mets moins de pression et ça va beaucoup mieux depuis. 🙂

  2. J’ai adoré ton article . Mon téléphone est tombé en panne la semaine dernière j’ai dû prendre un ancien téléphone qui n’a as de connexion internet. J’ai pu me rendre compte le temps que je passe sur mon téléphone à « scruter la vie des personnes « . Sans internet la vie est plus plausible 🙂

  3. Je pense qu’il faut beaucoup de courage pour avouer tout ça!
    Je suis contente que tu ai pu profiter de ta semaine de croisière c’est top!
    Des bisous

  4. Bonjour Marie, j’ai lu ton article avec attention car je suis maman de 2 garçons dont mon aîné de 13 ans est scotché à son portable toute la journée pour faire des jeux et aussi sur l’ordinateur. Je me rends bien compte de l’emprise du portable sur sa vie sociale qui a tendance à l’isoler dans un autre monde virtuel.
    Je suis obligée de confisquer le portable car il a du mal à arreter de lui même et bien sûr il y a de la tension entre nous. C’est une autre forme d’ addiction dont les jeunes sont victimes.
    Notre société fait tout ce qu’il faut pour l’entretenir mais n’en voit pas encore les conséquences le danger sur nos enfants…..( Agressivité, isolement, dépression…..) Sans compter les effets néfastes électromagnétiques sur le corps humain.
    À nous parents d’être vigilant mais j’avoue que c’est très difficile à gérer surtout en période de l’adolescence. Bravo à toi pour ta prise de conscience, ton témoignage devrait être lu et partager plus largement aupres des jeunes Bonne continuation .
    Aude

    1. Malheureusement c’est de notre âge, d’être toujours sur son téléphone. Cependant, les jeux vidéos socialisent beaucoup, il ne faut pas croire que ce n’est qu’un monde virtuel, ça a de nombreux bénéfices chez les jeunes (développement de certaines compétences, facultés…). Parfois il est plus simple pour certains d’entre nous de passer par ce biais pour se faire des amis, surtout lorsqu’on a trouvé personne dans notre entourage. 😉
      En grandissant, cela ira mieux, ne t’en fais pas. Il vit avec son temps et c’est tout à fait normal. Lorsqu’il sera plus âgé, il ralentira naturellement.
      Il faut cependant garder la main dessus en effet, pour ne pas que ça dérape et que ça produise l’effet inverse (isolement etc)
      Bon courage 🙂

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