Pierre

J’aurais aimé ne pas avoir à t’imaginer. J’aurais aimé ne pas avoir à souhaiter que tu sois là, que tu me répondes, que tu me parles. J’aurais aimé que tu tiennes tes promesses. Que tu sois là pour moi quand j’en avais besoin. J’aurais aimé ne pas me sentir seule, j’aurais aimé sentir qu’au fond de mon cœur, tu étais là. Mais tu ne l’as jamais été.

J’ai toujours été la fille unique de l’école. J’ai toujours été celle aux amis imaginaires, celle qui s’inventait des frères et sœurs qu’elle n’avait pas. Alors que tu étais tout près, et pourtant si loin dans ton cœur. Près des yeux et loin du cœur, les dictons s’inversent. Je sais que, je n’étais pas la bienvenue, je sais que, tu ne me voulais pas. Je sais que, tu as l’impression que je t’ai volé Maman. Mais je n’ai pas choisi. Et depuis tant d’années je me dis que, je suis désolée.

Je m’excuse auprès de toi, d’être née. Je m’excuse d’avoir pris toute la place dans la vie de mes parents. Je m’excuse d’avoir été l’enfant pourrie gâtée, la petite dernière, la fille unique. Je m’excuse d’avoir été la Princesse. Mais je n’ai rien choisi de tout ça. Je sais que j’ai le droit à certaines choses dont tu n’avais pas le droit. Je sais que tu penses que j’ai été plus heureuse que toi.

Mais tu sais, on a tous son lot de souffrance. La mienne, c’est toi. C’est ton absence. C’est ton mépris. C’est cette impression de ne pas te connaître, cette impression que tu ne fais pas partie de ma famille. Cette impression que tu ne seras jamais là pour moi. Cette impression que tu ne m’as jamais aimé. Cette impression qu’où que j’aille, tu t’en fous.

J’ai essayé de suivre tes traces, de te ressembler pour que tu m’aimes davantage. Je sais qu’on est les mêmes mais tu ne veux pas le voir. Tu ne veux pas essayer.

J’ai essayé de me rapprocher des gens que je détestais mais que tu aimais, pour que tu me remarques, pour avoir de tes nouvelles.

Je ne pourrais jamais dire que tu me manques parce que tu n’as jamais vraiment été là.

Je regrette que tu n’aies jamais été le grand frère dont je rêve depuis l’enfance. Je regrette que tu ne m’aies jamais dit pourquoi tu n’as jamais été vraiment gentil avec moi. Et pareil pour les autres. Pareil pour vous quatre. Vous êtes mon sang, mes frères et sœurs. Vous êtes un morceau de ma vie et je ne suis qu’une poussière dans la vôtre. Je regrette amèrement de devoir vous détester de m’avoir abandonnée, vous aussi.

Je vous ai toujours aimé mais aujourd’hui, la haine prend le dessus. Aujourd’hui je vous déteste parce que, vous avez abandonné vos parents comme vous m’avez abandonnée moi. Je n’en ai rien à faire de vous, je n’ai pas besoin de vous parce que je n’ai jamais appris à vivre avec l’impression de ne pas être seule. J’ai appris la solitude. Mais je ne supporte pas que vous abandonniez des gens qui vous aiment si fort.

Et moi je me bats toujours, depuis toujours, pour consoler mes parents de la tristesse que vous leur donnez. Je me bats pour leur donner le plus d’amour possible, mais ils n’ont pas besoin de moi, ils ont besoin de vous. Ils en ont eu assez de moi.

Je vous déteste parce que je vous aime inlassablement et que vous n’aimez pas votre famille.

Je n’ai jamais été votre sœur. Et je ne le serai jamais, je n’en ai plus envie. Je peux désormais affirmer que je suis fille unique. Vous n’êtes pas ma famille.

J K J P

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