How to save a life

Et moi je mourrais d’ennui pendant que tu crevais de bonheur. J’en veux toujours aux gens heureux parce que j’ai toujours l’impression d’être privée de toute tentative de bonheur. J’ai appris au fil du temps que tout ce que j’entreprenais pour être heureuse n’arrivait jamais à me satisfaire complètement au point de ne plus avoir à envier les autres. J’ai appris que je ne suis pas née pour être heureuse mais pour offrir ce que j’ai pour rendre les autres heureux, à en sacrifier ma propre vie. Et je ne peux l’accepter. Parfois, j’imagine à quoi cela ressemble, d’être bien. Dans sa tête, dans son corps. De ne vivre que l’instant présent. Je me demande ce que ça fait de réaliser un rêve. D’avoir des étoiles dans les yeux. D’oublier le passé, les questions sans réponses, les tristesses de la vie, le temps d’un instant. Etre celui qu’on rêvait d’être depuis toujours. Je me surprends souvent à me demander quel effet cela fait dans le corps. Est ce qu’on tremble ? Est ce qu’on pleure ? Est ce qu’on rit ? Je pense sincèrement qu’on ne se rend même pas compte de ce qui se passe, on est juste là. On est juste maintenant. Et plus rien ne compte.

Il n’y a pas de bonheur pour celui qui le recherche. Depuis toujours, je suis en quête perpétuelle de joie immense et d’éclat de rire. Aussi loin que remontent mes souvenirs, je me revois dans mon lit d’enfant, à m’imaginer être heureuse, avec les amis que j’aurais aimé avoir. Et aujourd’hui, mon rêve n’est pas d’être heureuse mais de l’avoir été. Je rêve d’une vie où je n’aurais jamais manqué, où j’aurais vécu des milliers d’expériences sensationnelles. Où j’aurais eu une famille, des amis, une vie normale dans un milieu normal, un peu au-dessus quand même. Une vie comme la sienne. Une vie de rêve.

Et le plus fou dans tout ça c’est que les gens qui vivent ainsi, aussi normalement que cela peut sembler, n’ont pas la moindre petite idée que ce qu’ils sont en train de vivre rendent fous de rage ceux qui n’y ont pas le droit. Ceux qui, malgré tous leurs efforts, n’ont pas la chance d’acquérir le quart de ce qu’ils ont. Ceux qui donneraient leurs âmes et ce qui leur est de plus cher afin d’avoir une minute de ce bonheur-là.

La plupart du temps, on pense qu’on ne pourra jamais être heureux, que notre vie est faite ainsi de malheurs successifs, et que rien ne pourra changer le cours des choses. Le pire, ce n’est pas de craindre les tristesses futures mais de regretter les passées. Celles qui, malgré tout le bonheur qu’on aura dans notre vie future, ne s’effaceront jamais et resteront pour toujours des plaies béantes qui ne finissent pas de s’infecter. D’infecter notre vie. Et c’est ainsi que le bonheur n’arrive jamais, à cause de ce malheur qu’on traîne derrière nous, comme un poids lourd, qui ralentit la course. Comme si il écrasait sur son passage tout espoir d’un jour meilleur.

Il n’y a pas de secret, les gens malheureux le savent. Dans la vie, il y a les gens qui ont de la chance, qui vivent leurs rêves et qui en vivent même plus encore ; et ceux qui ne sont là que pour faire ce que personne ne veut faire. Ceux qui, malgré tout ce qu’ils ont, n’ont pas la force ni le courage de pardonner la vie pour avoir négligé leur enfance, leur adolescence, leur vie d’adulte, et parfois même leur vieillesse. Il y a ceux qui restent bloqués au stade où la vie ne leur souriait pas. Et la plainte est grande, forte, mais inaudible. Elle s’engouffre dans l’indifférence générale, comme un souffle de vent qui caresse la roche. Rien ne bouge, cela se ressent mais n’affecte pas.

Qui n’est pas fatigué d’avoir crié son désespoir à ceux qu’il aime ? Qui n’a pas, un jour, eu envie d’abandonner, de se laisser aller à une vie dont il ne veut pas mais qu’il ne peut changer ? Moi. Tout le monde vous entend, mais personne ne vous écoute. Tout le monde vous voit, mais personne ne vous regarde réellement. Tout le monde a entendu parler de vous, mais personne ne vous connaît. Personne ne sait qu’au fond, il y a juste une plainte incessante face à une vie qui n’a pas été méritée. Qui choisit le bonheur des uns et des autres ? Qui décide que moi, je serai malheureuse ?

Qui me déteste au point de me pousser à laisser tous ceux que j’aime, parce que je suis persuadée qu’ils ne pourront que trouver mieux que moi ? Parce que rien n’est pire que la compagnie d’une personne qui n’est pas destinée à être heureuse. Une personne qui sait pertinemment, au fond d’elle, que rien ne sera pour elle et que rien ne lui sera rendu. Qui sait qu’elle peut donner autant qu’elle veut, de gros comme de petits cadeaux, elle ne recevra rien en retour. Rien que du mépris.

Celui qui donne de tout son cœur, de toute son âme, finit toujours par être aimé, par être chéri et par recevoir ce qui lui est du. Pourtant, après dix-neuf ans de dons, de présents, d’écoute, d’attention, d’amour immense et vrai, rien ne m’a encore été rendu. Pas un amour, pas une amitié, pas un sentiment de sécurité affective. Il y a toujours un moment où cela s’effondre, où la vie me rappelle que non, ma place n’est pas dans un monde où tout va bien. Ma place est auprès des gens qui, comme moi, ne savent pas ce qu’est un moment magique.

Cependant, parfois, on nous laisse croire que la vie vaut mieux que ce qu’on a vécu jusqu’ici. Alors, on rencontre une personne qui changera tout. On pensera que tout est beau et puis, au fil du temps, lorsqu’on a assez de recul, on se rend compte que nous sommes là uniquement dans le but d’assouvir leurs besoins. On leur offre des cadeaux, notre âme, notre coeur, notre corps. Et puis ils en profitent. Ils en veulent toujours plus. Et ils nous poussent si bas que nous en arrivons ici. A nous dire que le malheur est plus proéminant que le bonheur dans la vie. Parce qu’eux, qui ont vécus de formidables expériences dans leur vie, n’ont pas la moindre idée que ce qu’est le malheur. Et honnêtement, ils s’en fichent royalement. Tout le monde se fiche royalement de ce qu’on pense. De ce qu’on vit. De comment on le vit. On se doit de faire semblant d’être heureux, puis c’est tout.

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1 Comment

  1. Enelos

    5 septembre 2015 at 1:46

    Peut-être n’y a t-il pas d’état de bonheur, peut-être n’est-ce qu’un instant, un sentiment, une émotion, une sensation qui nous parcours et qui disparaît aussitôt… Comme tu en as sûrement déjà vécu. Les gens sont-ils heureux ? Qu’est-ce qui nous permet d’affirmer que nous le somme ? Est-ce avoir de l’argent, des amis, une âme sœur ? Est-ce vivre ses rêves ? Est-ce se lever le matin pour vivre une nouvelle journée ?
    Le bonheur existe-il vraiment ou est-ce un concept pour que chacun de nous se donne un objectif à atteindre : être heureux ? Est-ce quelque chose qui arrive comme cela ou doit-on se battre réellement ? Si le bonheur est un état permanent, est-il si bon d’être heureux puisque les personnes qui le sont ne le savent pas ? Peut-être le suis-je sans le savoir ?
    Si après dix-neuf années à donner tu ne reçois rien, peut-être que quelque chose d’encore plus grand que ce que tu peux vouloir t’attend pour plus tard ?
    « L’égoïste est triste parce qu’il attend le bonheur. » Alain – Propos sur le bonheur

    La roue tourne…

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